La veille…

« Tomorrow is… »
William Shakespeare

 

La drôle d’impression d’être, un peu, demain, la seule performance artistique dans toute la France et ce pour un bon mois….


Demain, ROUGE, 8m de long, 2 m de haut, sortira dans le Parc Jean Baptiste Lebas. Lille.

Initialement concoctée comme une performance éphémère de monumental dans l’espace public sur lequel me permettant, de colporter les bribes entendues, des passants passants, de partager, échanger, entendre, parler, étonner, émouvoir, surprendre, recueillir ce que ce ROUGE à d’autres évoque, là, ici, maintenant.

L’autorisation d’intervention dans l’espace public, simplifiée en shooting photographique, est obtenue juste la veille du confinement. Ce qui sauve la performance. Le confinement d’Octobre permet la continuité des tournages, répétitions. Merci. Pour les intermittents. Et le spectacle. Exception culturelle.
Tant pis pour les expositions.
Demain, ce ROUGE sera timide, sortant dans l’espace public un peu déserté.
Le contact, l’impact de l’oeuvre, son volume, mot monumental surgit dans le paysage, l’apercevoir de loin au fond du parc, s’approcher, tourner autour, s’asseoir regarder, être dans le lieu, et doucement -par l’intermédiaire de l’oeuvre- sentir la présence, l’attention au monde, à l’autour, se modifier. Une expérience de l’espace, irremplaçable, convoquant le corps complet en présence, cela jamais une très bonne photo ne la remplacera. Essentielle, non?
Posez-vous devant un monochrome de Klein, sans vitre protectrice ni reflet, puis devant une reproduction photographique du monochrome dans un livre. Il y a différence.
La vibration de la couleur même, qui vous marie, met à nu, sensiblement, avec le monde.
La sensation de la couleur pure.
Ici le ROUGE joue énormément avec le contexte. Un monochrome, de couleur langagière surtout, Kossuth & Lavier, en père fantomatiques sur les remparts.
La couleur et le mot. Congruents.
Mot monochrome: Rouge, en rouge.
ROUGE, au milieu du Parc Jean-Baptiste Lebas, Ministre du Travail sous Blum qui, pendant l’été 1936, fit passer la semaine de quarante heures, les congés payés et la généralisation des assurances sociales. ROUGE. Teinte rosée. Lille. Les p’tits lillos l’appellent le Parc Rouge, à cause de ses grandes grilles qui l’entourent, du bureau paysagiste hollandais West 8. ROUGE.
Le ROUGE devait être installé, quinze jours avant, au moment du couvre-feu, lorsque Lille passait soudainement en… zone rouge. Une  dizaine de jours plus tard, le ROUGE va résonner au mieux avec les frondaisons automnales. Orangées. Ocres. ROUGE.
Le mot, pour moi et d’autres, joue aussi de référence, de la réalité augmentée d’une ville. C’est un peu plus loin, à deux pas, que fut chantée la première fois l’Internationale, le texte d’Eugène Pottier mis en musique par Degeyter au siège de la Lyre des travailleurs, dans le café lillois la Liberté, rue de la Vignette, Saint Sauveur, juste à côté de sa grande friche aux enjeux verts. Et rouges.
Complémentaires. 
Et puisqu’on flirte avec les hymnes, allez, demain, le ROUGE est de Lille…
Et puis, là, j’y pense beaucoup, alors il sera dans l’oeuvre demain: juste avant ce confinement d’automne, j’ai emprunté un livre sur Prévert, dans la médiathèque du Centre d’Arts.  Et dans ce livre, un dernier jour d’Octobre, en 36 encore, Prévert écrit: 
 
« Méfiez-vous camarades 
La vie n’est pas encore tellement rose 
Elle n’est pas tricolore non plus… 
Elle est rouge la vie… »