Rosebud

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Ma couverture est devenue couverture.La couverture d’un carnet.
Cinq cent pour être précis. Cinq  cent carnets fabriqués. Tous identiques au départ.
Disséminés à travers un projet européen, autour du mot. WORD.
Le carnet… un “livre ultime”, international.
Un cahier -vierge- à remplir.
À venir.

Une étiquette imprimée sur la couverture pour y écrire son nom, marquer le territoire. “Mon” livre. Et un petit mot glissé dans le carnet, disant que si un jour, une jolie page ressortait de ce carnet, de vos crayons, de jolis mots… alors n’hésitez pas à m’envoyer une photo de cette page, tenue ouverte.
Avec vos mains.
Main tenant.

Cinq cents personnes vont s’inscrire dans ce carnet.
Un multiple conçu. Par une personne, carné.

Un travail d’éditeur sur l’effacement de soi.
Éditer un carnet, plus de textes, plus rien, plus d’auteur, juste des pages blanches, offertes, sans rien dedans. Juste cette liberté. Complète. Pour les autres. Que souhaiter d’autre? Leur faire confiance.
Confiance en leur liberté, de s’inscrire par eux-mêmes.
Dans ce monde. Boite vide.

À moins que toute l’énergie du projet ne soit dans cette couverture…

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Et la perte. La perte du sens premier. Intime.
Et d’un jeu de mot à deux balles, en français, se jouant du signifiant… “couverture”.
À la fois cover et blanket...
Mais déjà en anglais ça en marche plus, ne match plus.

Et la perte. Surtout. D’un sens intime.
Car cette couverture, reproduite, qui protège votre carnet était la mienne, étant enfant. C’est elle qui me réchauffait, c’est sur elle j’ai appris à marcher, là-haut, sous mes pieds, sur la photo, dans mon parc…
Petit monde. Clos. Comme un carnet.

Et toute cette énergie qui va se propager, de là, de par le monde, et se carner de dessins, de textes, de listes de choses à faire, sensations, sentiments, réflexions… Toute cette énergie qui m’a poussé à passer à l’action, à scanner, paginer, multiplier cette couverture, ma couverture… Toute cette énergie vient de là, de cet infime détail intime, ce souvenir d’enfance comme force silencieuse…

À vous de tracer…

PS: Voici quelques carnets, carnés… Lena, Joachim, Malaïka, Marc, une wroclavienne

PS2: Le nom du projet n’est pas innocent…
“Rosebud” est le nom du traineau de Citizen Kane c/o Orson Welles. “Rosebud” est le dernier mot qu’il prononce avant de mourrir et dont tout le monde cherche la signification.

L’extrait du film est .

But how about that tiny detail that Kane’s would-be biographers believe is the key to everything? The murmured word on his deathbed: “Rosebud”. It is a mystery which they fail to solve, but we do not – it relates to Kane’s last moments of childhood innocence and happiness, playing in the snow before his bank-trustee appointed guardian, the Dickensian Mr Thatcher, comes to take him away to prepare for him his lonely new life as a 20th-century American oligarch.

Et les carnets disséminés sont un puzzle que jamais personne n’arrivera à recomposer. Puzzle complet que j’ai tenu, en sortant de l’imprimerie, entre mes mains. Eclaté désormais…

Rosebud…