ROUGE

 

La couleur, le langage, le contexte.L’oeuvre fut créée en 2006 pour la nuit des musées au Centre Historique Minier de Lewarde à l’occasion de la commémoration du centenaire de la catastrophe minière de Courrières. Cinq lettres indépendantes en volume et en acier, cherchent à interroger les rapports entretenus entre langage et espace, le mot et le lieu, ainsi que la cristallisation des sens convoqués par le mot posé. La mémoire du passé invoquée ici pour se perpétuer dans le futur.L’oeuvre évoquera d’autres commémorations, toujours en lien avec une intimité biographique de l’artiste.
« Rouge Garance » pour l’exposition « Amnésia » à l’Hospice Comtesse de Lille en juin 2010 entremêle grande et petite histoire, celle de l’artiste, enfant, grandissant dans les fameuses « zones rouges » d’après guerre et l’actualité de cette guerre passée: la découverte d’une fosse commune de soldats australiens sur le bois du faisan à Fromelles. Le passé ressurgit. Comme une couleur oubliée.Le déplacement de l’oeuvre devient vite une narration en elle-même. Les lettres d’acier étant creuses, l’oeuvre se charge des lieux traversés, de leurs histoires, un instant portées, convoquées. La question de la charge, de l’animisme poétique des objets est très présente dans l’oeuvre de vazemsky.Le ROUGE va entamer un périple qui va devenir un sens propre à l’oeuvre, et le sens propre de l’oeuvre, son parcours, son histoire. Une histoire constituée de celles, croisées, qu’il va porter.
Catalyseur.

La notion d’in-situ et de contexte va plus loin, lorsque l’oeuvre est exposée à travers une représentation dans un contexte valorisant. Comme ici.
Aux côtés de Magritte et Malévitch, cqfd.

La couleur est au centre du questionnement. Le mot est monochrome.
« ROUGE », en rouge.
Mais la multiplicité des tons rouges obtenus par les variations de lumière sur l’oeuvre rendent impossible la détermination précise du rouge en question. L’oeuvre pose la question du langage comme fixateur du mouvement complexe entamé par la couleur. Le mot acte la couleur, « ROUGE »,  ainsi abstraite de sa réalité complexe.
L’oeuvre s’intègre dans la grande tradition du monochrome. Pour Klein, Yves, le monochrome est la définition sensible d’une couleur. À plat. Bertrand Lavier perpétue et, à cette mise à plat, adjoint le comparatif et la nomination.
Là où Klein est immersion, Lavier interroge la nomination de la couleur, nom & marque.
Man gave name to all the animals… What’s in a name that which we call a rose…ROUGE est une continuité, abordant, avec le volume du mot, la question de la couleur sous l’angle de la lumière. S’offrant à la lumière sous différents angles ( lumière qui plus est, elle aussi, changeante )  l’oeuvre ne peut se poser en référence colorimétrique. Sauf par une fixation, le langage, la photo, un temps précis posant l’étalon.
L’oeuvre est un envisagée comme un élément variable, dépendant du contexte. Une lumière du jour tapant sur les lettres fournit au minimum trois rouges différents selon l’inclinaison de celle-ci. Les parts d’ombres créées tirent la tonalité de la couleur vers les tons sombres, une lumière directe l’écrase vers l’orange.
Cette complexité, incompréhensible ( tyger tyger ! ) doit être réduite, cernée à un mot, stygmate: « ROUGE ».L’oeuvre est un élément variable, dépendant du contexte. En plus de la lumière, à chaque installation, elle se charge du lieu, de son histoire, chatoie sous de nouveaux sens.Le mot interroge les ressorts de la commémoration et du langage.
Le mot réduit l’expérience pour l’envoyer dans les tuyaux de la communicabilité, dans l’instant d’élocution, linéaire, dont le format est souvent limité, dans la communication avec d’autres, mais aussi avec soi: l’expérience, sentie, ressentie, subit une tentative de compréhension, de formalisation langagière qui permet de la partager (de partager sa réception, et non l’émotion, à moins que le partage ne permette d’ouvrir ce que le langage ferma, de redonner par les mots, l’échange, son mouvement premier de propagation). Les mots (certains) stoppent ce mouvement constant ( une sortie de la neutralité contemplative par un mot éclos dans le cerveau, engageant son fil de pensées, une linéarite, et la narration de paire). Cette sortie permet de se concentrer, agir, reduire le tout à un ou deux élèment qui permettent la mise en place d’actions collectives, une tension commune, mise en phase, pour se retrouver, en accord, un accord, une identité, et agir. La fermeture ( limitation du 360° à un faisceau) permet de faire travailler une force sur un point précis. Cette fermeture par le langage permet de changer de mode, on passe de l’expérience ressentie, complexe, à une expérience « comprise » ( dans le sens de cum-prendere, prendre-en-soi, cette expérience qui pourtant l’est déjà, en soi. Le langage permet la fixation ( stèle, commémoration, récits, bio…) et devient le socle ( mot important que je paye double, emprunter à la sculpture…): le socle d’une société ainsi possible.
L’interrogation des rapports créés par l’expérience de la couleur et sa verbalisation ( la couleur étant définissable uniquement par la comparaison, elle échappe presque à une définition autonome… rouge… « comme le sang, comme le feu, comme le coquelicot »… sa perception étant également propre à chaque individu, sa culture, une réalité multiple se trouve ainsi cantonnée derrière un vocable commun: le mot « rouge ».Il n’en faut pas plus. Un mot suffit. Celui-là est très bien. ROUGE. Pour se pencher sur la question de l’en-deçà du langage, de ce qui existe juste avant la mise en forme en mots ( la couleur ? ). Mais aussi de l’après, de ce que le mot amène, presque indépendamment de ce qu’il représente, porte en lui-même, de par sa sonorité, ses lettres, selon les langues, les cultures, les régions, créant ainsi ( en plus de l’expérience colorée étiquetée) un second système, hautement riche, de référents multiples et d’associations complexes.Cet endroit -site- va reprendre l’historique des occurrences du « ROUGE », ses différents « états » ( pour reprendre un terme de gravure, et souligner la pratique d' »impression sur paysage » ).Phases de recherches entamées pour l’élaboration d’un projet à l’échelle nationale, ROUGE CANAL, lié à la couleur, au paysage, à l’histoire, l’identité, nationale, aux fleuves, et à un simple déplacement comme oeuvre même. Le déplacement d’un point rouge dans le paysage. Sans que celui-ci ne laisse de trace. Invisible trait.
« Rouge (état#1)« , Nuit des Musées, Centre Historique Minier de Lewarde. Commémoration de la Catastrophe de Courrières. Mars 2006.
« Rouge Opéra », projet proposé à l’Opéra de Lille, non réalisé.
« Rouge Garance », exposition collective « Amnésia »,  juin 2010. »Rouge est la plaie » Jardins de musée. Lewarde. Centenaire. été 2014. »Rouge est de Lille », Palais Rameau, juin 2018.